Des pâtes, du caviar et quelques illusions bovarystes à La Grande Épicerie.

La Grande Épicerie de Paris est une enseigne gastronomique du groupe Le Bon Marché, implantée rue de Sèvres, dans le 7ᵉ arrondissement, et rue de Passy, dans le 16ᵉ. Elle réunit une sélection de produits alimentaires français et internationaux, des comptoirs de métiers de bouche, des produits frais, une cave et des espaces de restauration. Son offre associe produits du quotidien, spécialités artisanales et références gastronomiques plus rares.

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Faut-il condamner les plaisirs bourgeois auxquels on ne sait pas renoncer ? Ne tire-t-on pas une certaine satisfaction de sa vie parisienne à croiser dès le samedi matin les amoureux, les snobs, les révolutionnaires du week-end, les faux modestes et les véritables gourmands ? 

Il pleuvait la semaine dernière, annonçant les premières fraicheurs. Qu’importe : j’enfilais le gilet Auguste N°233, nouais mon foulard Juggler N°846 Moismont et partais donc bien équipée. Rue de Varenne, puis rue du Bac, je m’approchais de cette comédie des bonnes manières, où les vanités ordinaires font le plaisir des non-initiés. Mais vous, qui n’y voyez que le fumé, le nappé, le doucereux, l’aigre et le portefeuille troué façon emmental … Voyez-vous aussi le merveilleux ballet des paniers ? Il fut un temps où je croyais que seuls les musées gardaient la mémoire du goût. Sachez désormais qu’un samedi matin entre les rayons en dit tout autant. Personne n’est retenu à La Grande Epicerie, et pourtant nous avons toutes les peines du monde à sortir. 

J’entrais en scène par le deuxième étage. Côté figurants. Du haut des escalators, le rideau se levait sur la pièce du jour. Au comptoir du pain, un vieux monsieur examinait longuement les baguettes. Gourmet de haute volée ? Il demandait "La plus cuite s’il vous plaît. Ma femme les aimait comme ça". Derrière moi passait Laetitia Casta. Un signe. Ce soir, je regarderais enfin Le Crime du 3ème étage. Au rayon des épices, un jeune cuisiner ouvrait les bocaux un à un et l’on voyait sur son visage tous les voyages qu’il n’avait pas encore faits. Il me tendait un bocal sombre "La fève tonka. Une seule, râpée sur une crème ou un chocolat chaud ? Ça sent la vanille, l’amande, le foin d’été … Attention, il en faut peu. Tout est question de dosage. Et ça, le paprika fumé de Hongrie. Les gens pensent que c’est juste de la fumée. Mais goûtez bien, il y a un vrai feu dessous."

Un homme tonnait contre la marchandisation des plaisirs, puis, la lèvre humide, s’informait des truffes blanches. "Le jambon, est-ce encore moral ?" "Et l’avion, alors ?" "Laissez-moi dîner !" Derrière eux, le trancheur impassible abandonnait sa tranche en feuille d’automne. Un rayon plus loin "Ces biscuits existent encore !" une mère retrouvait le temps perdu. "Pauline ! J’ai croisé mon psy au rayon Whisky. On a tous les deux fait semblant de chercher de l’eau." Diego venait d’apparaître derrière une pyramide de panettones. "Diego, j’ai fini. On s’éclipse avant le rappel ? Café au square des Missions Etrangères ?"

J’ai toujours aimé ces lieux où nous nous trahissons à notre insu, par nos manies et nos pudeurs, nos snobismes et nos nostalgies, nos hypocrisies et nos fidélités, nos petites mesquineries et nos paniers du samedi. C’est sans doute pour cela que j’aime tant La Grande Epicerie. À samedi prochain, ma troupe chérie!

FOOTNOTES

À regarder Le Crime du 3e étage, comédie policière de Rémi Bezançon, sortie en salles le 11 mars 2026, avec Laetitia Casta, Gilles Lellouche et Guillaume Gallienne.

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