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Avant Instagram, Jeanne Damas avait le Square Trousseau. Ses parents tiennent pendant vingt ans cette brasserie près du marché d’Aligre ; son père est en cuisine, sa mère dirige la salle, et la famille vit juste au-dessus — sans même avoir de cuisine dans l’appartement. Avec sa petite sœur, Jeanne descend par l’escalier de service pour manger avec le personnel. Surtout, elle regarde. Les clientes qui déjeunent, rient, flirtent, parlent trop longtemps autour d’une table ; elle leur invente des vies et mémorise leurs gestes, leurs silhouettes, leur façon de porter les vêtements.
Sa première icône est sa mère, puis vient l’atelier de leur voisine, la créatrice Nathalie Dumeix, où l’adolescente passe des heures et apprend les premiers rudiments du métier. À 13 ans, elle commence déjà à documenter son quotidien en ligne ; Skyblog, Tumblr puis Instagram deviennent en quelque sorte la suite numérique du comptoir. Lorsqu’elle lance Rouje en 2016, à 24 ans et « sans business plan », elle transforme finalement toutes ces femmes observées en un vestiaire : robes portefeuille, jeans taille haute, imprimés rétro et cette féminité légèrement désinvolte qui fera le succès de la maison.
Dix ans plus tard, l’histoire revient joliment à son point de départ : en 2026, Jeanne ouvre le Café en Rouje rue Bachaumont, avec banquettes, mosaïque et madeleines, comme un écho au bistrot de son enfance. Après avoir passé des années à observer les Parisiennes depuis un comptoir, elle leur en a finalement redonné un.
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